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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/232

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pourtant en moralité sur tous les heureux et les célèbres de son époque, et justement parce qu’il eut le hasard d’être pauvre et l’honneur d’être un officier ! Supposez-le riche et lancé dans le monde d’alors, il n’y aurait point englouti un puissant esprit qu’il n’avait pas, mais il y eût abaissé son âme. Il y aurait perdu une originalité de cœur plus belle à nos yeux que l’originalité du génie. Grâce à Dieu, retiré, contre les pestes de son temps, dans ce lazaret d’un régiment, la dernière chose de l’ancienne monarchie qui ait été corrompue ; s’il n’échappa point à tous les miasmes contemporains, ce qui est impossible à l’être perméable que l’on appelle l’homme le plus fort, il échappa du moins au plus grand nombre et aux plus dangereux. Sa vie militaire le sauva. Moraliste qui se voit de travers, le croirait-on ? il se plaint de cela dans ses lettres. Il sourit amèrement quand il parle à son ami Mirabeau « de traîner son esponton dans la crotte », et il n’a pas l’air de comprendre que cela, qui le dégoûte, le préserve de traîner son âme, plus avant que son esponton, dans les fanges brillantes de son siècle !

En effet, il ne le comprenait pas ! Nous avons parlé des miasmes du temps qui l’atteignirent. Celui qui le pénétra davantage fut la préoccupation des choses littéraires. La gloire des lettres, presque toujours si vaine quand elle n’est pas du plus haut parage, l’attirait avec empire, et c’était peut-être par là qu’il avait pris Voltaire, Voltaire charmé de voir un gentilhomme venir aux lettres et se détourner de ce métier des armes, exécré par les philosophes qui prétendent que la guerre est une barbarie, et qui croient dire, en disant cela, une chose profonde. Eh bien ! même sur ce