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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/227

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éloges : « Je vais lire vos portraits, lui mandait-il. Si jamais je veux tracer celui du génie le plus naturel, de l’homme du plus grand goût, de l’âme la plus haute et la plus simple, je mettrai votre nom au bas… » Ailleurs, à propos de cette détestable et ridicule déclamation, fausse comme les larmes d’un catafalque, sur la mort d’Hippolyte de Seytres, tué dans la campagne de Bohême, il avait déjà comparé Vauvenargues à… Bossuet ! Assurément une telle furie d’admiration touchait au délire. Venant de Voltaire, cela ressemblait à une ironie Ou à une gageure, mais Voltaire, qui a tant ri, ne riait pas. L’immense farceur était pipé. Il croyait réellement au mérite transcendant de Vauvenargues. Il ne le présentait pas et il ne le recommandait pas à la Gloire comme un jeune homme à qui on veut du bien. Avec ce débutant, resté débutant, il ne se permettait pas ces airs protecteurs dont la grâce adoucissait l’impertinence et qu’il eut avec tant de jeunes gens dont il immortalisa la médiocrité. Comme le sculpteur qui finit par adorer sa statue, il aimait et respectait le Vauvenargues qu’il avait créé et qui lui appartenait aussi bien que l’Orphelin de la Chine. Pour lui, c’était la Galathée de la Sagesse. Il en était le Pygmalion ! Car de Vauvenargues tel que celui qu’il loue et qu’il invente, il n’y en a point et la Postérité le cherche.

Elle le cherchera sans le trouver. Vauvenargues est un esprit distingué, réfléchi, délicat, plus élevé certainement que les hommes de son temps, parce qu’il vécut à l’écart d’eux, mais entre ces qualités et celles que lui donnait Voltaire, il y avait l’imagination et le caprice de cet esprit de vif-argent et de feu grégeois. Quand