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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/209

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IV

Et c’est aussi par là qu’il vivra toujours, le Pascal des Pensées. Rien n’est plus immortel qu’un poëte, que la grandeur de sentiment qui fait les poëtes et les héros, car les héros sont aussi des poëtes, les poëtes de l’action ! Les Sciences vieillissent : bonnes femmes qui radotent en nous parlant de leur éternelle jeunesse. Les Philosophies se succèdent. Je ne veux pas dire que Descartes ne soit plus, mais il est bien changé ; on en a fait un universitaire. Quel aplatissement ! S’il revenait au monde, il se trouverait un peu verdi dans la mirette de M. Cousin. Après Kant, d’ailleurs, après Schelling, après Hegel, il faut convenir que, même sans M. Cousin, l’homme du cogito serait un peu terni. Mais Pascal, lui, le Pascal des Pensées, n’a pas, comme on dit, pris un jour. Toute une armée de géomètres a passé pourtant sur le géomètre du dix-septième siècle et planté plus loin que la place où il était tombé l’étendard de la découverte ! Le jansénisme s’en est allé en fumée avec les autres poussières d’un siècle écroulé, et, jusqu’en ce beau livre des Pensées, il s’est trouvé de vastes places qui maintenant font trou dans le reste, comme dans un tableau écaillé. La foi religieuse a pâli. La croyance au surnaturel, qui était le seul naturel pour Pascal, a diminué dans les esprits, retournés vers l’en-bas des choses. Il y a donc tout un Pascal