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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/196

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espèce de truc à l’aide duquel il est facile de rencontrer des analogies d’imagination assez drôlettes, — nous dirions, nous, que M. Taine fut un ami de La Mettrie, et qu’il a soupé chez d’Holbach, très-hardi quand les domestiques étaient partis. Il a la prudence des serpents d’alors, qui étaient forts plats ; il ne déduit pas longtemps ses idées, il les ombrage quand elles deviennent trop claires, et les brise dans cette plaisanterie, qui est une ressource, mais on n’en voit pas moins passer la lueur. Ces petites précautions ne tromperont personne. M. Taine distingue profondément la science, cet objet d’éternelle recherche, de la morale, de la religion, du gouvernement. La science, dit-il, ne s’occupe que de rechercher les faits et de les décrire analytiquement. Or, comme il estime que la science doit faire, dans un temps donné, les destinées du genre humain, il se trouve que la religion et la morale, qui ne sont pas la vérité scientifique et sur lesquelles les philosophes ont pris l’avance, s’en iront un jour avec les vieilles lunes. Telle est la foi et l’espérance de M. Taine. S’il y avait quelque chose qui ressemblât à du respect dans sa pensée, ce serait pour Condillac et pour Voltaire. Ses livres de chevet doivent être La Langue des calculs et Candide : Candide pour lui, son livre de couchette, — et La Langue des calculs pour les badauds et quand quelqu’un monte l’escalier ! Chose naturelle ! La philosophie qu’il galonne le moins de ses épigrammes est celle de Laromiguière, parce qu’elle se rapproche le plus de la philosophie du dix-huitième siècle. Son Dieu — le plus grand psychologue de ce temps, dit-il — c’est Henri Beyle (Stendhal) ;