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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/194

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le monde en poudre, on comprend que M. Taine, l’auteur des Philosophes français du dix-neuvième siècle, dise hardiment, et pour cette fois avec vérité, que la psychologie est déshonorée. Elle l’est en effet et à jamais. Après avoir, par la main de Descartes — ce Robinson du moi, enfermé dans son je comme dans une île déserte, mais sans aucune espèce de Vendredi, — détrôné la scolastique qui valait mieux qu’elle, la psychologie est tombée dans le mépris de la Philosophie elle-même, et M. Taine le lettré, le docteur ès lettres et l’élève de l’École Normale, avec son livre des Philosophes français au dix-neuvième siècle, tous psychologues au premier chef, Laromiguière, Royer-Collard, Maine de Biran, M. Cousin, Jouffroy, est le témoignage le plus frappant et le plus éloquent de ce mépris.

Le livre de M. Taine est effectivement, sous des formes qui veulent être gaies et amusantes avant tout, un soufflet bien et dûment appliqué sur les deux joues de la philosophie contemporaine. C’est un de ces soufflets semblables à ceux que le bourreau donnait parfois à sa victime immolée. Seulement, comme on ne tue pas avec la batte d’Arlequin, le joyeux bourreau n’a pas tué ici la philosophie, qui continuera d’aller à ses affaires, comme M. de Pourceaugnac avec son soufflet. Jamais, depuis qu’on écrit des articles de petits journaux (c’en est un de 362 pages que ce livre), on n’a traité avec un laisser-aller plus irrespectueux, avec un détail d’anecdotes plus malhonnêtes (sont-elles vraies ?) les hommes et les choses que les lettrés de ce pays-ci ont adorés depuis quarante ans. M. Taine a parfaitement appris, à l’