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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/192

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de l’Intelligence s’abstraire de l’histoire tout en critiquant l’abstraction, et, par suite, négliger le profond enseignement de la Tradition, qui fait partie de l’homme cependant. Oui, cela est curieux, car nous n’imaginons pas que, pour un esprit comme celui de M. Doublet, s’abstraire de l’histoire, ce soit la nier !

Seul, en effet, cet enseignement de la tradition, depuis qu’il existe des philosophies, a su tout comprendre et tout expliquer. Écoutez-le ! rien de plus simple et de plus beau. Éden est dans les racines de notre être. L’enfance en est une lueur charmante encore. Puis tout s’éclipse avec l’apparition de la liberté. L’homme tombe ; il perd Dieu, la lumière, l’intelligence. Qui peut lui rendre ce Dieu perdu ?… L’éducation, la pédagogie, c’est la nécessité d’apprendre à l’homme son malheur ; c’est le redressement de l’homme par la peine. Malheur à ce Titan foudroyé, s’il n’a le fouet ! Il faut le rompre à sa condition et lui enseigner sa chute, sinon la création armée l’écrasera ; puis le ciel armé, car Adam, le pédagogue et le père, répond pour ses enfants. Voila la magnifique donnée que M. Doublet n’a pas même aperçue dans son éternelle préoccupation du moi. Timide dans sa conception de la vie comme tous les philosophes qu’il accuse justement de pusillanimité, il s’imagine, — idée vulgaire ! — comme tous les philosophes, que nos puissances se surajoutent les unes aux autres, quand c’est le contraire qui est vrai. L’homme ne vit ici-bas qu’en s’écroulant. Nos puissances tombent en poussière à mesure que nous avançons dans la vie, et la vie elle-même n’est qu’un germe supérieur que nous décomposons jusqu’à la mort. Quant aux procédés