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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/170

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Il nous est impossible, quand il s’agit de sujets comme ceux que traite M. Renan, de voir du talent là où manquent la netteté, les preuves, l’enchaînement et la conclusion ! D’ailleurs le style n’est pas plus ici que le reste. Dans cet Essai sur le langage, il n’y a encore que le brouillon scientifique, lequel a persisté.

M. Renan n’a pas su aborder par les côtés grands et féconds une question où tout se réduit à savoir si la pensée, l’acte pensant, l’intellectus agens, a sa mappemonde encyclopédique et son piédestal d’équilibre en dehors de la parole qui la corporise ; absolument la même question que celle de l’âme, obligée au corps et à la terre dans la conquête successive de sa propre possession. M. Renan n’a rien compris à cette métaphysique d’une si grande force dans sa simplicité. Il répugne au simple. C’est un esprit qui rapetisse et crispe ce qu’il touche.

Comme tous les savants qui n’ont point la hauteur de la vue adéquate à l’état de leurs connaissances, il aime les bagatelles difficiles. Pour faire suite à cet Essai sur le langage chimérique et confus qu’il réimprime aujourd’hui, il est homme à nous donner demain quelque autre essai sur ces intéressants problèmes : Qui nous a coupé le filet ? Quelle est l’origine du geste ? D’où procède l’articulation ? La génération de l’inflexion est-elle spontanée ?… et gagner par là, si on pouvait en avoir deux, un second fauteuil à l’Institut ! Hors l’Institut (et encore peut-être), qui prendrait goût à ces casse-tête chinois de la science vaine et de l’analyse impossible ?

Du reste, le danger du livre de M. Renan est diminué