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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/16

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et sans les trente-six attirails de la Prudence, — de cette Prudence qui est si contente d’elle, quand elle a pu parvenir, en se tortillant, à se faire appeler la Finesse. L’Auteur de ceci n’accepte pas l’immense platitude, devenue lieu commun, qui fait encore législation à cette heure, à savoir « qu’on doit aux vivants des égards et qu’on ne doit qu’aux morts la vérité. » II pense, lui, qu’on doit la vérité — à tous, — sur tout, — en tout lieu, et à tout moment, et qu’on doit couper la main à ceux qui, l’ayant dans cette main, la ferment. Il ne croit qu’à la Critique personnelle, irrévérente et indiscrète, qui ne s’arrête pas à faire de l’esthétique, frivole ou imbécile, à la porte de la conscience de l’écrivain, dont elle examine l’œuvre, mais qui y pénètre et quelquefois le fouet à la main, pour voir ce qu’il y a dedans… Il ne pense pas qu’il y ait plus à se vanter, d’être impersonnel que d’être incolore, — deux qualités aussi vivantes l’une que l’autre et qu’en littérature, il faut renvoyer aux Albinos ! Enfin, il n’a, certes ! pas intitulé son livre les Œuvres et les Hommes pour parler des œuvres et laisser les hommes de côté. Et d’ailleurs, il n’imagine pas que cela soit possible. Tout livre est l’homme qui l’a écrit, tête, cœur, foie et entrailles. La Critique doit donc traverser le livre pour arriver à l’homme ou l’homme pour arriver au livre, et clouer toujours l’un sur l’autre… ou bien c’est… qu’elle manquerait de clous !