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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/159

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et qui se retournait pour cracher sur les murs de sa ville, M. Renan entra aisément, et pour cette raison même, au journal des Débats, et il y est encore, je crois, les jours de grande fête ; de là, il cingla vers l’Institut, et le voilà, non pas sans travaux, puisqu’il chiffonne dans l’érudition allemande, et c’est une terrible besogne, mais rapidement et sans luttes, le voilà regardé comme un critique, un érudit et un écrivain formidable, même par ses ennemis. Avant de l’attaquer, ils le saluent, comme les Français saluaient les Anglais à Fontenoy. Seulement les Anglais nous rendirent le salut et allaient devenir des héros, tandis que M. Renan garde le salut sans le rendre, et dans l’ordre intellectuel, n’est, je l’ai dit déjà, qu’un poltron d’idées qui, comme le lièvre chez les grenouilles, ne fera jamais peur qu’à de plus poltrons que lui… Telle est, en deux mots, l’histoire de M. Renan ; ce n’est pas encore un illustre, mais c’est un gros Monsieur, et si on le laisse faire, il sera illustre demain. Nous sommes ainsi en France. Ou nous marchandons tout à un homme, ou nous ne lui marchandons rien. C’est le pays des engouements. Or, que fait un homme qui s’engoue ? Il tousse un peu et il est délivré. C’est cette petite toux salutaire que la Critique voudrait provoquer aujourd’hui.

Et l’heure est bien choisie pour ce débarras. La surprise du premier moment, cette grande duperie, est passée, et M. Renan se prête lui-même à la circonstance. Il en est à l’heure des secondes éditions. Il fait cette roue. Il revient sur ses premiers livres. Il nous récapitule sa gloire ; il se réimprime. Il n’oublie rien de ce qu’on aurait oublié. Ses essais de jeunesse trouvent