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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/14

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de La Harpe. On n’en a que trop dit… Le petit pédant de Gilbert a grandi, depuis que nous avons vu ses successeurs. Les mépris qu’on a étendus sur son nom ne l’ont pas effacé. Salive humaine bientôt séchée ! Mais enfin La Harpe a manqué, avec talent, ce qu’il voulait faire, et il fallait réussir.

L’Auteur des Œuvres et des Hommes réussira-t-il ?… Il a détriplé l’idée de La Harpe, et ce qu’il en a pris, il l’a exécuté déjà et continuera de l’exécuter sous une forme à lui et qui ne rappellera nullement celle de La Harpe. La Harpe fut un professeur qui, pour la première fois en France, fit entrer l’éloquence dans la critique. C’est là son mérite le plus net. L’auteur des Œuvres et des Hommes n’a jamais eu à subir comme les orateurs de métier la tyrannie toujours abaissante d’un auditoire, qu’ils croient mener et qui les domine, même les plus fiers ! Quoique journaliste, il n’a jamais écrit que dans l’indépendance de sa pensée. Et d’un autre côté, précisément parce qu’il est journaliste, il ne se meurt d’amour ni d’estime pour le journalisme tel qu’il est constitué, si on peut dire ce mot là du journalisme, cette Fonction toute moderne, qui aurait pu être si grande et qui sera si petite devant la Postérité ! Mais il reconnaît cependant que dans la somme des acquisitions littéraires de ce temps, — le journalisme, pernicieux ailleurs, n’aura pas été entièrement stérile, puisqu’il a introduit dans la littérature,