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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/131

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comme on écrit des poétiques, lorsque le temps des poëmes épiques est passé, — et il était curieux de savoir comment le prêtre avait remué, à son tour, le problème vainement agité si longtemps par les philosophes. Tant de mains que l’on croyait puissantes s’étaient blessées, comme des mains d’enfant, à pousser ce cerceau dans le vide, que nous nous demandions s’il fallait accuser la faiblesse maladroite des hommes ou la difficulté radicale du problème. Eh bien ! après y avoir regardé, nous nous le demandons encore. Le prêtre aujourd’hui n’a pas plus avancé la question que les philosophes. Seulement ce n’est pas l’infortune du résultat qui les a rendus si doux pour lui, car nul d’entre eux ne doute de la virtualité de ses idées. Ils ne sont pas si bêtes que d’être sceptiques sur leur propre compte ! La Philosophie a remplacé la foi religieuse qui, pour tant de gens, est une duperie, par l’infatuation de la vanité, qui pour tout le monde est un profit.

Mais, si ce n’est pas le même malheur et le même sentiment d’impuissance qui unissent si tendrement, pour le quart d’heure, les écrivains philosophiques de ce temps et M. l’abbé Mitraud, il faut donc qu’il y ait dans le livre de ce dernier un fonds de choses qui soit un terrain commun où ils se rencontrent et s’embrassent, une petite île des Faisans quelconque où le prêtre et le philosophe passent leur traité des Pyrénées. Voilà ce que nous nous disions et ce que nous avons vainement cherché pourtant dans le livre qui nous occupe. Le croira-t-on ? dans ce traité qui s’intitule somptueusement de la Nature des Sociétés humaines, le fond des choses, s’il en est un, n’est pas visible. Il n’est pas mis