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Page:Barbey d’Aurevilly - Les Philosophes et les Écrivains religieux, 1860.djvu/104

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il eût placé ainsi le lecteur, familiarisé avec les idées et le langage hégélien, à la source même du système.

Il est vrai que, dans l’ordre de ses travaux, M. Vera a débuté par une Introduction générale à la philosophie de Hegel, cette philosophie composée de trois parties : la Logique, la Nature et l’Esprit, « termes différents, comme il dit, du syllogisme absolu de la connaissance des êtres », et que cette introduction, dans laquelle M. Vera a fait filtrer autant de clarté qu’il en peut passer à travers cette forêt germanique d’abstractions, de généralités et de formules, est beaucoup plus intelligible que ces deux volumes de logique, écrits par Hegel lui-même, mais c’est aussi la partie de cette introduction qu’on voudrait la plus longue qui est justement la plus courte, c’est-à-dire la partie de la Nature et de l’Esprit. Faute énorme, mortelle à la propagation des idées qu’un critique plus hégélien que je ne le suis ne pardonnerait point à M. Vera, moins habile qu’il n’est philosophe, et qui, en l’ennuyant par trop, doit rater son public.

Il n’y a, en effet, que des philosophes à vocation déterminée, ou, pour mieux dire, à fringale furieuse, qui puissent avaler cette pierre digne de Saturne, que M. Vera leur offre aujourd’hui en deux morceaux, c’est-à-dire en deux volumes. M. Vera, qui l’a pesée, a pourtant fait tout ce qu’il a pu pour en diminuer la densité et le poids. Il a traduit, avec une expression française qui est à l’allemand ce que l’opale est à du grès, cette logique, qui n’est plus la logique des autres philosophies et à laquelle Hegel s’est vanté de donner une existence substantielle. Et ce n’est pas tout. Non content