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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/84

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avait pas. Toutes ces inventions de ragoût pour rendre plus piquant un récit de voyage, pour augmenter l’établissement du lecteur, cette large fleur bête de la flatterie étonnée que les voyageurs aiment à cueillir à leur retour, toutes ces misères de l’esprit ou de l’amour-propre, qu’elles soient des duperies ou qu’elles soient des combinaisons, ne se rencontrent point dans cette relation colorée et nuancée comme la vie, mais pas davantage ! et qui ne se soucie que de vérité. On sent que l’homme qui raconte ainsi est un homme de bon sens, et d’un bon sens rendu plus solide encore par cet admirable et assainissant catholicisme qui guérirait le cerveau d’un fou, s’il y entrait ! Et ce n’est pas tout : on sent aussi que c’est là un homme d’un grand caractère.

On devine maintenant ce que doit être le ton d’un livre écrit sous l’influence de ces deux nobles simplicités ! Et comment en serait-il autrement, du reste ? Huc est un missionnaire. Si les philosophes du salon de madame Necker reconnaissaient, un soir, « qu’un caractère est toujours simple quand une seule chose l’intéresse », comment un missionnaire, qui n’a que l’idée fixe de sa foi à propager, pourrait-il manquer, quoi qu’il fasse, de cette simplicité qui est la plus haute expression humaine dans l’ordre de l’intelligence ou de la vie ?… La simplicité du missionnaire, voilà donc ce qui a passé dans le voyageur ! et elle a communiqué à l’ouvrage de Huc les dons les plus rares qui puissent