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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/83

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qui a la consistance d’un monument, que viendront nécessairement se grouper les aperçus nouveaux, les faits autrement observés, soit pour en confirmer ou en contredire les assertions, soit pour y ajouter les changements que les mœurs, la législation, les choses chinoises enfin, auront subis, si elles en subissent, si le pouce du Temps, malgré son ongle, — un ongle chinois pour la longueur, — ne glisse pas, sans le rayer, sur le vernis de coutumes qui enduit ce peuple, et qui est plus lisse encore que l’autre vernis qu’il a inventé.

Ainsi, tout d’abord et sans conteste, telle est la grande place que prend et gardera le livre de l’Empire Chinois dans la littérature historique de l’Europe. Ajoutons que cette place éminente, l’abbé Huc ne la devra pas uniquement aux circonstances de sa vie et à l’acquis de son voyage, mais à des qualités personnelles que la Critique ne peut oublier. Il a les qualités fortes, substantielles, perçantes et froides du grand voyageur. Son œil voit sans se passionner. Il ne verse pas non plus de l’autre côté, — du côté de la négation et du parti pris. Il est également éloigné des badauds et des frondeurs, de ces deux espèces de voyageurs qui se partagent le monde : ceux qui sont les victimes des choses, et ceux qui font des choses leurs victimes. Il n’a pas les enfantillages à effet de l’esprit faux et pointu de Victor Jacquemont, qui trouvait joli de nier les Indes aux Indes, et de nous faire croire qu’il n’y en