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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/59

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Tel est le Tallemant des Réaux dont Paulin Paris préfère les Historiettes aux Mémoires du duc de Saint-Simon. Certes ! nous n’aimons pas le duc de Saint-Simon. C’est un de ces esprits dont les grandes qualités même sont fatales. Elles fascinent et entraînent. Il faut trop de force pour y résister. C’est un de ces hommes qui ont commis des crimes en histoire avec les mains de la vertu, mais, du moins, c’est une âme dans sa haine, c’est une tierté dans son orgueil, c’est une intelligence respectueuse pour toutes les grandes croyances sociales, et, au milieu de tout cela, c’est un artiste de génie qui ne se regarde pas faire et qui fait des merveilles, sans se douter de l’éclat qu’elles jettent et de leur incomparable beauté ! Qu’a de commun un pareil homme avec le banal et piaillard Tallemant des Réaux ? Et comment Paulin Paris ose-t-il risquer un rapprochement aussi écrasant pour celui des deux qu’il nous vante ?… Un éloge adroitement et captieusement touché de la société du XVIIe siècle, exaltée dans sa préface au point de vue de cette égalité qui est l’idée fixe et le tourment de la société d’aujourd’hui, nous donne à croire que, si Tallemant des Réaux avait été d’une condition plus relevée, il aurait moins intéressé son annotateur. L’imagination a ses incarnations. Quand on lit Tallemant et quand on est, comme lui, un homme de lettres, on se coule dans sa peau par la pensée et on trouve le XVIIe siècle un bien grand siècle, parce que les plus nobles compa-