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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/50

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comme disait Diderot, pourrit du dehors au dedans.

Politiquement, il n’y a point de peuple, ni pour le présent ni pour l’avenir, chez lequel l’aristocratie parle une langue étrangère, et, socialement, il n’y a à Saint-Pétersbourg que des Kalmouks sans originalité. Il fallait toute la fatuité de cette grande sotte de philosophie pour admirer cela, en s’y reconnaissant. Quant à Pierre Ier les Mémoires du sieur de Villebois ne montreront pas une fibre ou un muscle inconnus dans cette figure allumée de chef de hordes qui a voyagé et de badaud qui rapporte chez lui les coutumes étrangères. Il est des gloires à bon marché. Pierre le Grand, Catherine II la Grande, et qu’on a appelée le Grand, comme si ce n’était pas assez que la Grande, sont de ces gloires qui diminuent beaucoup à l’examen. L’un et l’autre, ils ont beaucoup fait, mais, leur peuple donné, il était facile de le faire. Ils avaient sous eux une colossale obéissance… Il n’y a que les peuples de ce côté-ci de l’Europe, si vite cabrés, qu’il soit difficile de gouverner et qui nous donnent, par conséquent, la véritable idée de la force de celui qui les gouverne et la justification de sa gloire. Les peuples sont comme les femmes. Le beau mérite de subjuguer celles qui ne résistent pas… qui aiment et qui obéissent !