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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/41

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pourraient-ils avoir une histoire ? L’histoire, c’est de la grande peinture. Elle importe à la figure humaine. Mais quand on est condamné à n’être qu’un masque, on se soucie bien des portraits !

Et voilà l’excuse que Beaumont-Vassy pourrait faire valoir en faveur du livre manqué qu’il nous donne. Son ouvrage n’est qu’une incomplète série de renseignements d’historiographe ; ce n’est point un travail sagace et savant d’historien. L’histoire ne s’invente pas. Où l’aurait-il prise ? Elle n’est pas plus dans le bruit des journaux d’une époque que dans le silence des cartons d’une chancellerie. Les sources historiques les plus profondes, malgré le limon de la personnalité qui s’y mêle, sont très certainement les Mémoires, et, nous l’avons dit plus haut, les Mémoires n’existent pas en Russie. Malgré la force d’imitation des hautes classes, qui fait ressembler les mœurs russes à la descente de la Courtille d’un carnaval sous Louis XV, elles n’imitent point les Mémoires de cette société qu’elles imitent. Et ce n’est pas seulement une raison politique (quoiqu’elle y soit pourtant) qui les empêche de se livrer à cette imitation dernière devant laquelle leur nature simiesque, pour la première fois, s’arrête court. Nous ne voulons pas déshonorer la Russie ! ce n’est pas uniquement la peur de cet œil qui ne dort jamais, — qui s’ouvre au plafond entre deux lustres, — qui s’ouvre au parquet entre les deux roses d’un tapis, — et l’ombre mena-