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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/342

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III

La forme de ce livre est en effet charmante. Chose rare en histoire ! Nous sommes bien loin ici du sérieux qu’il fallait à l’auteur quand il réclamait pour la gravité méconnue du cardinal de Bernis. Nous sommes bien loin des pédants de l’École des Chartes ! L’auteur s’est transformé avec son sujet. Il nous découvre tout à coup un esprit et une imagination inattendus. En parlant de l’ancien régime, il en a pris la grâce, cette grâce avec laquelle ce pauvre ancien régime, à qui il ne restait plus que cela, est tombé comme le gladiateur ! Les ailes ont poussé à sa plume. La plume a poussé à ses ailes. Son style, devenu léger, qui n’appuie jamais, même quand il pourrait appuyer, allégé encore par l’amour que je lui suppose, ressemble à ce Mercure que Shakespeare fait descendre du ciel sur le sommet d’une colline, dans la clarté pure du matin… Amoureux sans bandeau qui a l’ironie par-dessus la tendresse, et qui fait une caresse de cette ironie. C’est surtout de madame de Sévigné qu’il est amoureux… Il a fait ses études dans ses lettres. Il l’adore, et parfois il s’en moque, mais comme on se moque de la femme qu’on adore ! Il ne peut pas s’empêcher de l’adorer et de s’en moquer, et cela est déli-