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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/337

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quise de Sévigné et sa passion incompréhensiblement folle pour sa maussade fille, qui donc se douterait seulement de l’existence de ce Grignan, qui ne fut qu’une bouture assez mal venue de sa mère, et dont la possession d’État — comme on dit en droit — vient de deux femmes, deux cents ans avant que ce bâtard de Girardin demandât que la femme fît la possession d’État de l’enfant légitime ! Les lettres seules de madame de Sévigné ont parlé jusqu’au radotage de ce petit marquis de Grignan, la poupée cassée de sa grand’mère ; car, revenues à l’enfance, les grand’-mères ont toutes pour dernières poupées leurs petits-enfants… C’est aux barbouillages de sa tendresse, laissés sur son nom, oublié sans elle, que l’obscur Grignan doit, dans les ténèbres où il gît, cette lueur de phosphore. Mais pour son compte particulier, ce Grignan des Grignans n’ajouta, lui, à sa vie obscure, qu’une mort obscure. Par lui-même donc, historiquement, il ne fut rien. Et, franchement, il fallait être furieusement enragé de faire de l’histoire, et du neuf en histoire, pour en tabler une sur ce néant !

II

Eh bien, cette histoire qui paraissait impossible, cette histoire sans personnage historique, — ce qui ne s’était jamais vu, — Frédéric Masson l’a entre-