Ouvrir le menu principal

Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/336

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


marquises, mais le dernier et douloureux ministre d’État d’un gouvernement devenu lamentablement impossible… Bernis était un méconnu. On n’avait vu guères en lui que le poète frivole. Frédéric Masson montra l’homme profond, et nous eûmes Bernis dans toute sa valeur intégrale. Mais, cette fois, c’est bien autre chose ! L’historien de Bernis s’est risqué dans l’aventure d’une histoire bien autrement difficile à écrire ! Il passe témérairement du Méconnu à l’inconnu… Audacieux et dangereux passage ! Bernis, tout méconnu qu’il ait été, avait, après tout, étoffe d’histoire, et l’étoffe même était opulente, mais l’inconnu que voici n’a pas laissé derrière lui le moindre petit chiffon historique qu’on puisse ramasser !

C’est un inconnu, en effet, absolument ignoré, et, malgré ce que Masson nous en apprend, justement ignoré, que ce Marquis de Grignan[1], le dernier des Grignan, dont le nom, qui timbre un livre aujourd’hui, dit une race et ne dit personne. Pour être matière et sujet d’histoire, il faut être quelqu’un ; et ni avant sa mort ni après sa mort ce marquis de Grignan n’a été quelqu’un… Ce qu’on en connaît, on ne le sait que par sa grand’mère, qui même ne s’appelait pas Grignan, — qui s’appelait de son chef Rabutin de Chantal, et du chef de son mari Sévigné, et qui, elle, ne fut pas comme son petit-fils. Elle fut quelqu’un, et même elle est restée quelqu’un !… Sans la mar-

  1. Plon.