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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/307

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de le dire : le mérite du livre existe, quoique reconnu et même couronné… En publiant les Lettres et Dépêches de l’ambassade d’Espagne[1], Drumont est un des premiers à bénéficier de la levée de ces scellés incompréhensibles mis, pendant si longtemps, sur les papiers du duc de Saint-Simon par d’imbécilles gouvernements. Mais ce n’est encore là qu’une bonne fortune de son activité d’érudit, et il a mieux à son service et au nôtre. Les deux Introductions qu’il a placées à la tête de son volume de Saint-Simon portent la marque de son talent, à lui, — talent très vivant et très personnel. Impossible de raconter avec un entrain plus spirituel et une ironie plus piquante l’histoire incroyable de cette séquestration inouïe des papiers d’un grand historien, par une administration sourde et muette aux réclamations acharnées de tous ceux qui aiment et qui pratiquent l’histoire !

Et il fallait, en effet, qu’une telle chose fût racontée. Il ne suffisait pas que, par ce temps de République qui fait revenir les exilés, on délivrât de captivité Saint-Simon, qu’on ne craignait plus, comme on a délivré Blanqui, que l’on craint peut-être toujours ! Il fallait, de plus, apprendre à toute la terre ce que les savants et les historiens savaient seuls, c’est que, depuis plus de cent ans, d’énormes manuscrits, laissés par un homme de génie et dont la gloire a ce côté

  1. Quantin.