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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/303

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genre de livres pourra bien disparaître, comme la diplomatie elle-même, cette autre vacuité. Tous ces bavardages de correspondances diplomatiques, ramassées par des admirateurs posthumes, n’auront plus à sortir de leurs vieux tiroirs. On peut le prédire en toute assurance : c’est le télégraphe qui tuera la diplomatie. La chose est déjà commencée. Mais quand tous les chefs de gouvernements pourront se parler de bouche à oreille, de tous les cabinets et de tous les coins du globe, pas de doute qu’ils ne fassent eux-mêmes leurs affaires et qu’ils ne suppriment ces intermédiaires d’envoyés et d’ambassadeurs, d’un faste si grand et si coûteux pour ce qu’ils ont d’utile ! Et c’est alors que la diplomatie, fille de la vanité et du besoin, aura suffisamment vécu. Alors aussi la Critique n’aura plus devant elle, comme aujourd’hui, ce tas de livres, faciles à bâcler avec des correspondances et des confidences tirées de l’oubli dans lequel elles pouvaient rester. La Critique n’aura plus sur sa tête l’insupportable poids de ces productions sans signification et sans portée, comme, par exemple, ces Deux Diplomates, qui, par eux-mêmes, étaient, l’un beaucoup et l’autre quelque chose, et qui, victimes d’une fonction inutile, avec toutes leurs facultés, qu’il faut reconnaître, n’ont rien fait ! Le plus brillant par le talent des deux, — celui-là qui n’avait pas été, comme l’autre, dans sa vie publique, qu’un diplomate, — l’orateur tout-puissant et l’écrivain, s’adressait, quand il mou-