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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/26

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toire ! Qui ne sait qu’au XVIIIe siècle la Chine eut un succès fou auprès des philosophes, parce qu’on pouvait souffleter, avec sa chronologie, le récit moïsiaque, si embarrassant jusque-là pour la philosophie, qui avait toujours cogné son front vide contre les faits ? Voltaire, ravi, devint presque Chinois par reconnaissance. Il radota de la Chine dans ses lettres et partout. Mais les magots qui allaient trôner sur les cheminées de Ferney n’étaient pas seulement une amusette pour ce vieil enfant pervers. Il écrivit l’Orphelin de la Chine. Il adressa des vers au Roi de la Chine (sic).

Reçois mes compliments, charmant roi de la Chine !
Ton trône est-il placé sur la double colline ? etc.

Et l’on crut un instant qu’il échangerait sa veste de basin et ses bas de soie gris, roulés sur les genoux, dans lesquels nous l’a peint si admirablement le prince de Ligne, contre la robe bigarrée et les babouches historiées du mandarin. Rousseau faisait l’Arménien déjà ; Voltaire eût fait le Chinois. Mais, chez Rousseau, c’était folie du pittoresque ; chez Voltaire, c’eût été la joie folle d’avoir un argument pour écraser l’infâme, un argument inattendu qui piperait à merveille les ignorants et les sots. Seul, de toute la secte qui poussait le monde aux abîmes, Montesquieu ne se grisa pas de chinois. Mais tous les autres en eurent le délire,