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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/23

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aucun non plus n’a été plus décrié, plus déshonoré, plus bâtonné ici comme là-bas, dans ses foyers domestiques. Seulement, le malheur veut que de ce côté-ci l’un des bâtonnants ait été le président de Montesquieu.

Nonobstant cette petite volée de bois vert, comme disait Figaro, appliquée sur l’échine d’un pédant, — car la Chine est bien quelque peu pédantesque, — les uns ont fait du peuple chinois le plus ancien, le plus grand, le plus spirituel, le plus digne, le plus sage de tous les peuples, philosophique et cependant religieux (ce qui, en Chine seulement, n’implique pas contradiction !), artiste profond, oh ! artiste ! une population de Phidias-Téniers, concevant l’Art comme Hugo l’a compris, et tirant de la Laideur qui est infinie un bien autre parti que ces pauvres Grecs de la Beauté, qui ne l’est pas. Pour ces admirateurs effrénés, la Chine n’a été ni un peuple ni un gouvernement, mais une civilisation tout entière, mais la fleur inconnue jusque-là et splendide d’une civilisation qu’aucun déluge n’avait été assez puissant pour noyer comme un nénuphar (comparaison chinoise !) dans ses eaux. Les autres, moins persuadés que le Céleste Empire soit céleste, ont fait du peuple-phénomène qui l’habite une nation de la date de beaucoup d’autres dans la chronologie asiatique, malgré ses prétentions exorbitantes à l’antiquité ; ni plus grand, ni plus fier, ni plus sage que tous les idolâtres de la