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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/203

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fait comme ailleurs, car où l’histoire ne se fait-elle pas ?… En principe, nous n’avons pas le puritanisme de le condamner. Puisque l’histoire est là aussi, on peut bien l’y prendre, pourvu qu’on l’y prenne avec gravité et pudeur. Tant pis pour les rois qui l’y mettent ! L’historien, dont le passé est le mort, ressemble à l’anatomiste. Il est bien souvent obligé de plonger sa main dans le sang et dans la pourriture, mais, comme l’anatomiste, il ne doit pas oublier que c’est sur une table de marbre qu’il opère, marbre lui-même par l’impartialité ! Malheureusement, quand, à propos des dernières maîtresses de Louis XV, le trop sensible Capefigue ne craignait pas d’encourir pour sa peine le nom du Lebel de l’histoire, — et encore du Lebel rival de son maître ! — c’est le marbre qui a manqué.

Manquera-t-il toujours ?… L’historien qui fut ferme autrefois s’est-il donc ramolli dans d’indignes admirations pour d’indignes et d’éclatantes drôlesses, et ne reprendra-t-il plus désormais la solidité de sa trempe première ?… De ces prétendues reines de la main gauche, de ce musée de vice-épouses, comme dirait lord Byron, que Gapefigue nous prépare, il nous détache Gabrielle d’Estrées, la plus fameuse et la plus insignifiante maîtresse d’Henri IV, de ce roi qu’on appelle le Vert-galant dans les vaudevilles. Or, toujours enlevé par la toute-puissante Fonction intime dont il a semblé déjà deux fois avoir senti si prodigieusement l’influence, Capefigue continuera-t-il d’être,