Ouvrir le menu principal

Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/196

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


énorme appétit, étaient un texte de moquerie pour la jeune cour. On riait de lui tout haut dans le cercle intime de la reine, et c’était pour cette Vénus le compliment ordinaire que d’appeler le roi son Vulcain. Louis XVI, en s’abandonnant avec cette insouciance à sa pente naturelle, manquait à ses intérêts d’époux autant qu’à sa position. Pauvre roi, qui mettait son énergie dans ses mains à l’heure où la puissance appartenait aux idées, et qui savait si mal le prix du temps qu’il dérobait à sa fonction ! Louis XIII pouvait élever des faucons et pour le reste se reposer sur Richelieu, mais, pendant que Louis XVI s’efforçait sur son enclume l’État croulait derrière lui ! » Et encore ailleurs, et toujours avec la même beauté de langage : « Louis XVI était fort adonné à la chasse. C’était le seul de ses goûts qui sentît la royauté. On peut consulter son journal à cet égard. Il le tenait lui-même ; il l’écrivait scrupuleusement de sa main. Pour juger Louis XVI, c’est un guide assez curieux. N’est-on pas surpris d’y trouver que le roi mettait à la loterie ? Il avait en lui tous les penchants des âmes faibles. Dans son journal, les chasses figurent comme les fastes de sa vie ; le jour où le roi n’avait pas chassé s’y trouve noté avec le mot : « Rien ». Titus d’un autre genre, il avait perdu sa journée !

Il fallait des événements bien graves pour interrompre cette habitude qu’il avait de courir les bois.