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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/193

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diable faiblesse et parachève l’histoire qu’il a faite, une par une, des débilités de ce roi sans force, qui n’eut pas même celle d’abdiquer !

Cette histoire, d’une si triste conclusion pour qui aime le pouvoir, compromis ou trahi si souvent par ses propres titulaires, n’a point, sous la plume brillamment limpide de Renée, un seul mot de haine, de dureté ou de colère. Lui qui pense, comme les hommes vraiment politiques, que Louis XVI fut moins malheureux que coupable, contrairement à l’opinion commune qui le fait moins coupable que malheureux, lui qui pourrait, comme Vaublanc, resté immuablement royaliste, et Mirabeau, qui le redevint, avoir de ces traits perçants et terribles qui sont moins les vengeances que les justices de l’histoire, sait noblement s’en abstenir. Seuls, les faits qu’il raconte sont implacables. Tous ces abandons successifs de tous les hommes que les circonstances envoyèrent à Louis XVI pour sauver son État ou du moins pour en retarder la chute, et qui ne purent l’empêcher, parce qu’il ne les étaya pas et qu’il les laissa tomber sous l’effort de leur tentative, Turgot, Necker, et jusqu’à Galonné, ces abandons qui sont plus que des crimes, car ce sont des lâchetés, Renée ne les voile point, ne les atténue pas, mais, quand il les juge, il pourrait enfoncer le trait davantage. Il ne l’enfonce pas… et c’est sa plus grande cruauté !