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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/191

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dont le pouvoir était construit sur la plus forte et la plus pure notion que les hommes aient eue jamais d’un roi, et qui aurait tout pu, jusqu’au dernier moment, s’il n’avait pas eu, dans le fond du cœur même, le honteux petit grain de sable qui, placé ailleurs, tua Cromwell.

Telle est pourtant la vérité sur Louis XVI, et ce n’est pas notre faute, à nous, si cette vérité est cruelle, cruelle comme un second bourreau ! Cet homme, qu’on a transformé en victime, par prestige ou par pressentiment d’échafaud, eût été — mais voudra-t-on le voir ?… — un Titan de force qui aurait arrêté de son doigt l’écroulement des fautes de ses pères, s’il avait eu seulement une médiocre volonté. Malheureusement, cette fière fortune, cette magnifique gloire d’une volonté médiocre lui manqua. Il était, au contraire, une sublimité de faiblesse, un phénomène — et un phénomène prodigieux — de pusillanimité morale et de défaillance, on ne sait quelle chimérique merlette de blason, sans bec ni sans ongles, et comme il était cela et n’était que cela, tout fut dit : le monde, dont il était l’ironique clef de voûte, s’affaissa.

Cette impuissance effrayante de volonté, qui est le trait distinctif de Louis XVI, réduisit à néant toutes les forces qui composaient la sienne. Il n’y avait encore en France que le café de Louis XV qui eût f… le camp, comme disait la Du Barry, quand Louis XVI monta sur le trône. Mais la France elle-même tenait