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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/178

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sorte, il ne fut pas même à la rigueur un honnête homme pour ceux-là qui pensent que les grandes pensées viennent du cœur. Il en manqua autant que de cerveau. S’il en avait eu, aurait-il demandé sa grâce au Régent dans des vers que de Lescure a publiés à la fin de son volume, et, la grâce obtenue, se serait-il relevé d’à genoux, à la mort du Régent, pour frapper d’une dernière Philippique la mémoire de l’homme qu’il ne craignait plus et qui lui avait pardonné ?… Comme Philippe d’Orléans était un fanfaron de vices, La Grange-Chancel, qui n’avait ni l’honnêteté rigide du vieux Boileau, ni l’âme magnanime de d’Aubigné, ces grands satiriques, La Grange-Chancel n’était qu’un fanfaron de vertus.

Moralement comme littérairement, il fut le faux Juvénal d’une époque où rien n’était vrai, pas même les vices, car elle les exagérait. Il gasconna tout, ce Périgourdin : l’indignation, l’horreur, la pitié. Il en fit des bourdes monstrueuses. Mais, sous le masque enflé du déclamateur et du menteur, il y a le froid qui nous empêche d’être dupe, il y a tous les défauts des mauvais lyriques. La Grange-Chancel est bien au dessous de Jean-Baptiste Rousseau. Ses vers, qui ont du son plus que de l’harmonie, mais qui sont monotones malgré leur éclat, comme ils sont entortillés et pesants malgré leur mouvement, il ne les tournait même pas comme un tourneur sa bille d’ivoire. Il n’était ni poète ni grand versificateur, mais un grand rimeur. Il avait dé-