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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/172

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rieux, sa part dans le vent de son temps, car il fit du bruit, un bruit terrible ! Satirique de haute volée, à une époque où les satiriques de très petite pullulaient comme les vers dans la corruption, il écrivit non pas des chansons, lui, mais des odes, et la France, peu tournée cependant aux Pindares, les répéta… comme des chansons !

Les circonstances dans lesquelles il les produisit étaient, du reste, telles qu’elles durent en augmenter l’éclat. La France, la France légère, la France aux chansons, était repoussée vers le sérieux du mépris par ce gouvernement cynique qui s’appelle la Régence comme par une dérision de l’histoire. Ces Philippiques[1] effroyables, ces furies lyriques, insinuées d’abord dans l’opinion comme un secret, puis y détonant comme une indiscrétion, n’étaient pas d’un pauvre poète obscur, plein de courage et de génie, qui aurait eu le temps de mourir de faim avant qu’on eût entendu s’élever sur sa lyre la voix divine de la justice. Non ! La Grange était déjà célèbre. Il avait été un enfant prodige, un de ces petits phénomènes qui cessent d’être phénomènes un jour, mais qui restent petits. S’il n’avait pas, comme Alain Chartier, reçu le baiser d’une reine sur ses lèvres endormies, il avait, tout éveillé, senti sur son jeune front la main étonnée de Louis XIV. Jean Racine, le doux Jean Racine, avait

  1. Poulet-Malassis et de Broise.