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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/148

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l’être à nous écrire une histoire complète de ces deux pays, ou même de l’Asie, dont ces deux pays sont les clefs. Sans beaucoup de peine et d’efforts, et en restant dans les travaux de toute sa vie, il pouvait conquérir littérairement le nom d'Asiatique et se faire une gloire éclatante et facile, à une époque où l’esprit d’aberration philosophique qui mène le monde s’est engoué de l’Asie, et poétiquement, scientifiquement, politiquement, — de toutes les manières enfin, — en a monstrueusement exagéré la grandeur. Eh bien, Huc ne l’a pas voulu ! Il connaît trop l’Asie pour s’y tromper. Il a trop appris par leurs livres même combien les peuples asiatiques méritent peu les recherches de l’histoire et comme c’est prouvé par la leur ! Confuse, en effet, obscure, incertaine, et ce n’est pas tout, répugnant à la lumière, — car c’est la Critique qui fait la valeur de l’Histoire, et la Critique n’est jamais là où les peuples ne sont que des masses sans conscience et sans liberté, — l’histoire orientale n’est qu’un vague empâtement d’hommes, de choses et de doctrines. Elle est anonyme et impersonnelle. Excepté Mahomet qu’on y voit, et qu’on y voit bien, peut-être parce qu’il est moins Asiatique en venant vers nous, nulle figure ne se détache nettement de cet immense théâtre à scènes perdues ! Les noms, même quand il y en a, — et il y en a de terribles et d’affreux : Gengiskhan, Timour, etc., — ne sont personne. Ils désignent seulement des haches humaines dont le manche est dans