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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/142

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mettre en grisaille les Lettres persanes, s’il a pu y mettre l'Esprit des lois, on n’en sent pas moins dans son ouvrage la bonne volonté des attaques réfléchies et couvertes contre un gouvernement fort qui a su résoudre le problème, qu’on croyait insoluble depuis quarante ans, d’une grande autorité populaire. C’est là un spectacle déconcertant et cruel pour des parlementaires malades de leurs institutions rentrées, et qui s’en vengent en écrivant de ces généralités désintéressées : « Une nation fatiguée de longs débats « consent volontiers qu’on la dupe, pourvu qu’on la « repose, et l’histoire nous apprend qu’il suffit alors « pour la contenter de ramasser dans tout le pays « un certain nombre d’hommes obscurs et dépendants, « et de leur faire jouer devant elle le rôle d’une « assemblée politique, moyennant salaire. » Voilà comme Tocqueville entend le trait. Son histoire est hérissée de ces petites sagettes. L’état actuel de la France politique lui fait dire encore que les hommes du XVIIIe siècle, nos pères en corruption, « valaient mieux « que nous. Ne méprisons pas nos pères ! — s’écrie-t-il, « — nous n’en avons pas le droit. » Il se trompe ! nous en avons le droit, si ce mépris est mérité. Or, de son propre aveu, à deux lignes de là, dans ce livre où toutes les affirmations se soufflettent, la liberté déréglée et malsaine des hommes du XVIIIe siècle les rendait moins propres qu’aucun autre peuple à fonder l’empire paisible et libre des lois… — En présence d’une liberté