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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/141

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III

Mais ce livre a-t-il même la prétention d’être une histoire ? N’aurait-il pas une autre visée que celle de juger, avec une affectation d’impartialité qui ressemble à une hypocrisie, l’ancien Régime et la Révolution ? Ne serait-il pas plutôt un prétexte, un thème pour les regrets et les fioritures en sourdine du parlementaire, une espèce de Pont des Soupirs ? Depuis quelque temps, le pamphlet, qui allait droit autrefois, quand il y avait des talents qui savaient l’empenner, le pamphlet n’a plus allure de flèche. Il s’est mis à ramper dans de tortueuses circonlocutions de prudence et à se retirer dans des livres sur des sujets indifférents, à ce qu’il semble, et protégé par la cuirasse transparente et sûre des allusions. Est-ce que le livre sur la France de Tocqueville ne serait pas le pendant du livre de Montalembert sur l’Angleterre, et ne cacherait-il pas dans ses replis plus de petites vues d’opposition que de grandes vues d’histoire, plus d’hostilité contre le présent que de justice pour le passé ? Quand on lit ce livre, qui ne monte pas plus haut que le dépit et que l’aigreur, l’hostilité est évidente. Quoique Tocqueville ne soit pas trempé pour le pamphlet, quoiqu’il soit parfaitement incapable de