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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/134

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Tocqueville se distingue par l’ancienne manière de l’auteur : le manque de netteté, de profondeur et de conséquence. Il ajoutera certainement à la confusion des esprits. Il n’est, au fond, que l’histoire des causes de la Révolution française et des filiations qu’elle peut avoir avec le régime qui l’a précédée et qu’on appelle l’ancien Régime. Or, dans la pensée de Tocqueville, ces filiations sont nombreuses : « Les Français « ont fait — dit il — en 89 le plus grand effort pour « couper en deux leur destinée et séparer par un « abîme ce qu’ils avaient été jusque-là de ce qu’ils « voulaient être désormais… J’avais toujours pensé « qu’ils avaient beaucoup moins réussi dans cette « singulière entreprise qu’on ne l’avait cru au dehors « et qu’ils ne l’avaient cru eux-mêmes… » Cela pouvait être vrai, cela pouvait être faux, mais c’était une idée. Elle n’était pas neuve. Granier de Cassagnac l’avait attaquée dans un livre que tout le monde a lu et où elle était abordée avec l’audace d’aperçus et le grand style qu’on lui connaît. C’était une idée assez simple pour que la manière dont elle serait développée fît toute sa valeur, car on sait bien — et les esprits les plus vulgaires autant que les esprits les plus élevés — que les révolutions, comme les bâtardises, ont des parentés naturelles, et qu’elles ne viennent pas sans un germe dans le régime qu’elles détruisent plus tard. Pour faire la preuve d’une conviction qui n’était donc pas, après tout, une intuition à donner le