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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/122

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mauvaises mœurs, et ne trouvaient pas dans une conscience en proie à l’orgueil et à la négation protestante une seule raison pour enrayer sur cette pente-là.

Eh bien, c’est à ce moment singulier de l’histoire du XVIIe siècle que s’accomplit dans une des cours de cette Allemagne, jalouse de la corruption de la France, un crime effroyable, fruit d’une de ces passions terribles qui n’étaient pas — il faut bien le reconnaître ! — dans la donnée des mœurs de ce temps ; car les mœurs de ce temps étaient immondes, et, comme tous les fumiers des civilisations avancées, elles ne produisaient que des empêchements d’agir ou des lâchetés. La mort de Philippe de Kœnigsmark (c’était de lui qu’il s’agissait) supposait des passions comme on n’en vit guères en Europe, de la Montespan à la Pompadour. Chose à noter : pour retrouver un fait, nous ne disons pas semblable, mais analogue, en énergie à l’assassinat de Philippe de Kœnigsmark, il faudrait remonter à Christine de Suède et au meurtre de Monaldeschi !

Mais la femme qui tua Kœnigsmark n’était pas une reine, une reine comme Christine, dont le cerveau avait dévoré le cœur et que l’orgueil rendit implacable. C’était une simple femme au cerveau de femme, au cœur de femme, aux passions de femme, mais, après tout, un de ces êtres rares dans toute histoire, et qu’à l’époque où elle vécut on aurait jugée impossible. Les plus beaux types (et nous prenons ici ce mot dans le sens criminel et tragique), les plus beaux types