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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/116

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truit ? Histoire, chronique ou roman taillé dans l’histoire, y a-t-il dans ce livre hybride une unité, une méthode, un artifice de composition, enfin une trace quelconque d’un procédé littéraire, instinctif ou réfléchi ?… Comme œuvre pensée et combinée, positivement cela n’est pas. Comme œuvre écrite, cela est-il davantage ? L’auteur, qui a fait ses études dans les classiques de la Revue des Deux-Mondes, singe les allures d’Alfred de Musset dans un récit qui devrait être d’une simplicité un peu plus mâle que les Contes d’Espagne et d’Italie. Blaze de Bury a la fatuité de toutes les fantaisies de sa pensée. Il ne se gène pas. Au milieu de la cacophonie d’un ouvrage où le récit croise la correspondance et la correspondance le dialogue, ce qui plane, ce qui domine et ce qui choque, c’est je ne sais quel ton cavalier dont le dessous et le vrai nom sont le sans-façon et l’impertinence historiques, — deux défauts et deux ridicules que la Critique ne peut laisser passer, du moins sans avertir !

Et, vraiment, c’est dommage ! Otez la fausse manière qui gâte son esprit, Blaze de Bury aurait du talent, et dans ce cas il nous eût donné un petit chef-d’œuvre, car c’est vraiment de la matière à chef-d’œuvre que le sujet qu’il a choisi. Tout manqué que son livre puisse être, malgré l’indigence absolue de conception supérieure et les vices d’un langage prétentieux et déplacé, le sujet qu’il traite n’en reste pas moins d’un intérêt prodigieux, qui prend l’esprit et le passionne.