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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/111

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« Quand on les a tués, il faut les pousser pour qu’ils tombent », rien n’a pu nous désarmer de cette patience qui résiste et qu’il est plus difficile d’avoir, à ce qu’il paraît, quand on est Français, que le courage qui va en avant. L’armée a supporté ces épreuves en se montrant aussi grande qu’elles. Et de cette façon elle a prouvé qu’elle n’avait pas uniquement cette impétuosité de bravoure qui est son lieu commun, à elle ! mais qu’elle avait aussi cette vertu de la persistance qu’on lui contestait, et qu’on disait qu’elle n’avait pas.

Et voilà le miracle que nous devons à notre guerre d’Afrique, et que les livres du général Daumas font aisément comprendre ! Quand, par exemple, nous lisons sa Grande Kabylie, qui est l’histoire pied à pied de la plus rude de nos conquêtes, nous comprenons parfaitement les résultats que devait donner cette magnifique gymnastique en permanence pendant vingt-cinq ans, cette lutte acharnée contre un peuple qui avait, au plus haut degré, toutes les énergies de la résistance ! L’Afrique n’a pas été qu’un grand exercice de tactique et de spécialité d’armes, un Vincennes colossal et éparpillé, dont les cibles, faites avec des masses d’hommes, rendaient les coups qu’on leur tirait. Elle a été bien mieux que cela encore ! elle a été une école de force morale, une discipline de l’âme militaire de la France. C’est ce qu’on ne doit jamais oublier. Il ne fallait rien moins que notre armée d’Afrique, cette palpitation même des entrailles de la France, il ne fal-