Ouvrir le menu principal

Page:Balzac - Une rue de Paris et son habitant, 1845.djvu/9

Cette page a été validée par deux contributeurs.




II
SILHOUETTE DE L’HABITANT


Un jour, sur les trois heures du soir, cette porte s’ouvrit ; il en sortit un petit vieillard grassouillet, pourvu d’un abdomen flottant et proéminent et qui l’oblige à bien des sacrifices, car il est forcé de porter un pantalon excessivement large, afin de ne pas gêner ses mouvements ; aussi, depuis longtemps, a-t-il renoncé complètement à l’usage des bottes et des sous-pieds ; il a des souliers, et ses souliers étaient à peine cirés.

Le gilet, incessamment repoussé vers le plan supérieur des cavités gastriques par ce ventre de cuisinier, et déprimé par le poids de deux protubérances thoraciques qui feraient le bonheur d’une femme maigre, offre à la plaisanterie des passants une ressemblance parfaite avec une serviette roulée sur les genoux d’un convive absorbé dans une discussion au dessert.

Les deux jambes sont grêles, le bras est long, une des mains n’a de gant que dans les occasions les plus solennelles, et l’autre ignore absolument les bénéfices de cette seconde peau.

Ce personnage évite l’aumône et la pitié que lui mérite