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Page:Balzac - Une rue de Paris et son habitant, 1845.djvu/16

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pont Royal par la curiosité, qui nous fait perdre plus de temps à Paris que partout ailleurs.

Comment marcher sans donner un regard à ces petites caisses oblongues, larges comme la pierre du parapet, et qui tout le long du quai stimulent les bibliophiles par des affiches collées sur des battoirs où se lisent ces décevantes paroles : « À vingt centimes, — à trente centimes, — à cinquante centimes, — à soixante centimes, — à un franc cinquante. » Ces catacombes de la gloire ont dévoré bien des heures aux poètes, aux philosophes et aux savants de Paris !

Combien de cinquante centimes dépensés devant les boîtes à vingt centimes !…

En regardant l’étalage, le professeur aperçut une brochure de Vicq-d’Azyr, un Charles Bonnet complet, édition de Fauche-Borel, et une notice sur Malus.

— Voilà donc où nous arrivons, se dit-il en lui-même. Malus ! un si beau génie ! arrêté dans sa course quand il allait s’emparer de l’empire de la lumière ! Mais nous avons eu Fresnel. Fresnel a fait d’excellentes choses !… Oh ! ils arriveront à reconnaître que la lumière n’est qu’un mode de la substance.

Le professeur tenait la notice sur Malus, il la feuillette, il a connu Malus. Il se rappelle et décline tous les Malus : puis il revient à Malus, à son cher Malus ; car ils sont entrés ensemble à l’Institut au retour de l’expédition d’Égypte. Ah ! c’était alors l’Institut de France, et non un tas d’académiciens sans lien.

— L’empereur avait conservé, se dit Marmus, la sainte idée de la Convention. Je me souviens, dit-il en