Ouvrir le menu principal

Page:Balzac - Une rue de Paris et son habitant, 1845.djvu/13

Cette page a été validée par deux contributeurs.



M. de Saint-Leu mit ses besicles après avoir nettoyé les verres avec son mouchoir.

Naturellement, il fourra le mouchoir sous son bras gauche pendant qu’il arrangeait ses lunettes : puis il fit quelques pas vers la rue de Fleurus et lâcha le mouchoir, qui tomba.

— J’en étais sûre, se dit Mme Adolphe.

Elle quitta la porte, ramassa le mouchoir et cria :

— Monsieur ! monsieur !

— Eh bien ? fit le professeur indigné de cette surveillance. Ah ! pardon, reprit-il en recevant le mouchoir.

— Avez-vous de l’argent ? demanda Mme Adolphe avec une sollicitude maternelle.

— Je n’en ai jamais besoin, répondit-il naïvement, en expliquant ainsi toute la vie des savants.

— C’est selon, si vous prenez le pont des Arts, il vous faut un sou.

— Tu as raison, répondit le savant comme s’il eût tracé des instructions pour un voyage au pôle, je prendrai le Luxembourg, la rue de Seine, le pont des Arts, le Louvre, la rue du Coq, la rue Croix-des-Petits-Champs, la rue des Fossés-Montmartre ; c’est le plus court pour aller au faubourg Poissonnière.

— Il est trois heures, dit Mme Adolphe, on dîne à six heures chez votre belle-sœur, vous avez trois heures à vous… oui… vous y serez, mais vous vous ferez attendre, dit Mme Adolphe en fouillant dans la poche de son tablier et en y cherchant deux sous qu’elle tendit au professeur. — Allons, monsieur, lui dit-elle, ne mangez pas trop, vous n’êtes pas gourmand, mais vous pen-