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Page:Balzac - Une rue de Paris et son habitant, 1845.djvu/10

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l’état d’une vénérable redingote verte, par une rosette rouge qui prouve l’utilité de l’ordre de la Légion d’honneur, un peu trop contestée depuis dix ans, disent les nouveaux chevaliers.

Le chapeau bossué, dans un système constant d’horripilation aux endroits où persiste un poil roussâtre, ne serait pas ramassé par le chiffonnier si le petit vieillard l’oubliait sur une borne.

Beaucoup trop distrait pour s’astreindre à la gêne qu’exige une perruque, ce savant (c’est un savant) montre, en saluant, une tête qui, vue d’aplomb, a toute l’apparence du genou de l’Hercule Farnèse.

Au-dessus de chaque oreille, quelques bouquets de cheveux blancs tortillés brillent au soleil comme les soies factieuses d’un sanglier poursuivi. Le cou, d’ailleurs, est athlétique et se recommande à la caricature par une infinité de rides, de saillants, par un fanon flétri, mais armé de piquants à la façon des orties.

L’état constant de la barbe explique aussitôt pourquoi la cravate, constamment refoulée, roulée, travaillée par les mouvements d’une tête inquiète, a comme une contre-barbe infiniment plus douce que celle du bonhomme, et composée des fils éraillés de ce tissu malheureux.

Maintenant, si vous avez deviné le torse, le dos puissant d’un travailleur obstiné, vous connaîtrez la figure douce, un peu blafarde, les yeux bleus extatiques et le nez fureteur de ce vieillard ; quand vous saurez que le matin, coiffé d’un foulard, et serré dans sa robe de chambre, l’illustre professeur (il est professeur) ressemble tant à une vieille femme, que plus d’un jeune homme