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vins finissait toujours le combat à l’avantage de l’entrepreneur.

— Du moment où monsieur Garceland a cela chez lui, mettez ! disait mademoiselle Rogron. Cela doit être bien, il a bon goût.

— Sylvie, il nous propose des oves dans la corniche du corridor ?

— Vous appelez cela des oves ?

— Oui, mademoiselle.

— Et pourquoi ? quel singulier nom ! je n’en ai jamais entendu parler.

— Mais vous en avez vu !

— Oui.

— Savez-vous le latin ?

— Non.

— Hé ! bien, cela veut dire œufs, les oves sont des œufs.

— Comme vous êtes drôles, vous autres architectes ! s’écriait Rogron. C’est sans doute pour cela que vous ne donnez pas vos coquilles !

— Peindrons-nous le corridor ? disait l’entrepreneur.

— Ma foi, non, s’écriait Sylvie, encore cinq cents francs !

— Oh ! le salon et l’escalier sont trop jolis pour ne pas décorer le corridor, disait l’entrepreneur. La petite madame Lesourd a fait peindre le sien l’année dernière.

— Cependant son mari, comme procureur du roi, peut ne pas rester à Provins.

— Oh ! il sera quelque jour président du Tribunal, disait l’entrepreneur.

— Hé ! bien, et que faites-vous donc alors de monsieur Tiphaine ?

— Monsieur Tiphaine, il a une jolie femme, je ne suis pas embarrassé de lui : monsieur Tiphaine ira à Paris.

— Peindrons-nous le corridor ?

— Oui, les Lesourd verront du moins que nous les valons bien ! disait Rogron.

La première année de l’établissement des Rogron à Provins fut entièrement occupée par ces délibérations, par le plaisir de voir travailler les ouvriers, par les étonnements et les enseignements de tout genre qui en résultaient, et par les tentatives que firent le frère et la sœur pour se lier avec les principales familles de Provins.

Les Rogron n’étaient jamais allés dans aucun monde, ils n’étaient pas sortis de leur boutique ; ils ne connaissaient absolument personne à Paris, ils avaient soif des plaisirs de la société. À leur retour,