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gouverner une nation. Il existe, en effet, beaucoup d’analogie entre ces deux gouvernements. La politique des maris ne doit-elle pas être à peu près celle des rois ? ne les voyons-nous pas tâchant d’amuser le peuple pour lui dérober sa liberté ; lui jetant des comestibles à la tête pendant une journée, pour lui faire oublier la misère d’un an ; lui prêchant de ne pas voler, tandis qu’on le dépouille ; et lui disant : « Il me semble que si j’étais peuple, je serais vertueux ? »

C’est l’Angleterre qui va nous fournir le précédent que les maris doivent importer dans leurs ménages. Ceux qui ont des yeux ont dû voir que, du moment où la gouvernementabilité s’est perfectionnée en ce pays, les whigs n’ont obtenu que très-rarement le pouvoir. Un long ministère tory a toujours succédé à un éphémère cabinet libéral. Les orateurs du parti national ressemblent à des rats qui usent leurs dents à ronger un panneau pourri dont on bouche le trou au moment où ils sentent les noix et le lard serrés dans la royale armoire. La femme est le whig de votre gouvernement. Dans la situation où nous l’avons laissée, elle doit naturellement aspirer à la conquête de plus d’un privilége. Fermez les yeux sur ses brigues, permettez-lui de dissiper sa force à gravir la moitié des degrés de votre trône ; et quand elle pense toucher au sceptre, renversez-la, par terre, tout doucement et avec infiniment de grâce, en lui criant : Bravo ! et en lui permettant d’espérer un prochain triomphe. Les malices de ce système devront corroborer l’emploi de tous les moyens qu’il vous plaira de choisir dans notre arsenal pour dompter votre femme.

Tels sont les principes généraux que doit pratiquer un mari, s’il ne veut pas commettre des fautes dans son petit royaume.

Maintenant, malgré la minorité du concile de Mâcon (Montesquieu, qui avait peut-être deviné le régime constitutionnel, a dit, je ne sais où, que le bon sens dans les assemblées était toujours du côté de la minorité), nous distinguerons dans la femme une âme et un corps, et nous commencerons par examiner les moyens de se rendre maître de son moral. L’action de la pensée est, quoi qu’on en dise, plus noble que celle du corps, et nous donnerons le pas à la science sur la cuisine, à l’instruction sur l’hygiène.