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passé, l’anxieuse attente de l’inconnu suffiraient à provoquer ces changements de forme.

C’est que la littérature est bien l’âme de la société. Elle en reflète toutes les idées, elle en est plus que la chair, plus que le sang : elle est le souffle qui lui donne l’expression de la vie.

Les monuments ne portent pas toujours une empreinte si fidèle et si forte de la caractéristique des temps. La pensée écrite embrasse toute une époque, en résume toutes les tendances et est la source unique de cette vie vécue, vivante, pantelante que nous aimons, et qui nous secoue jusqu’au fond de l’être par d’électriques et vibrantes commotions.

Le Naturalisme a été l’image exacte de cette société bâtarde faussement appelée républicaine ; il la représente telle qu’elle est. Ceux qui le trouvent outré ne doivent s’en prendre qu’à notre époque dont il ne fait que réfléchir les vices sans exagération. Il est bien la vraie littérature de ces temps de curée, où sans frein, sans gouvernement, les hommes de toutes les classes, torturés par le ventre, s’abandonnent à leurs instincts de brutes, pêle-mêle, comme les empereurs romains avec leurs esclaves sur la fin de quelque monstrueuse et abominable orgie.

Mais aujourd’hui on se reconnaît ; on sait que les appétits de quelques-uns seraient domptés plus facilement par la faim que par les victuailles ; chacun reprend son rang et le monde son antique équilibre. Une épaisse somnolence d’impuissance et de dégoût se répand sur la