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Dans un but d’universalisation du Beau, pour la première fois peut-être, prenant en pitié l’aberration des masses, nous avons daigné mettre à la portée du public une feuille qui fut comme le sanctuaire de l’Art : le Décadent, sans abdiquer pourtant les hautes prérogatives du sacerdoce dont nous avons conscience. Eh bien l’épreuve, honorable pour notre dévouement, est la plus éclatante affirmation de l’impossibilité matérielle, manifeste, patente, de rompre jamais l’invincible attraction de la boue sur la prunelle des foules. Nous avons l’orgueil d’avoir vu notre tentative circonscrite au monde intellectuel, d’avoir placé si haut que le reste de l’humanité, qui ne nous a pas compris, n’a guère pu que nous apercevoir.

Comme consécration de notre œuvre, nous avons recueilli les sarcasmes de l’ignorance hostile à toute excelsion, car nous n’avons rien tenté qui ne portât l’empreinte du beau, origine du bien et de toute moralité.

Je ne veux point faire ici l’apologie de l’École décadente, ni même la réfutation des arguments qu’on a élevés contre elle ; je me propose tout simplement de dire ce qu’elle est, son but et ses moyens. Je m’interdis absolument l’usage de l’éloge ou du blâme pour ne donner qu’un récit impartial, un résumé historique et non une œuvre plus ou moins intéressée d’attaque ou de défense.

J’en parlerai sans modestie comme sans orgueil : la modestie est l’apanage des fats ou bien le pire des orgueils, l’orgueil déguisé, et je trouve que l’orgueil n’est véritablement un défaut que quand il va se loger dans