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théories pour s’en moquer, pour égayer une galerie hostile à leurs dépens et surtout par cet éternel besoin du Nouveau dans ce Paris l’on s’ennuie si vite. Qu’un Pranzini ou un Boulanger intempestifs aient surgi à cette époque, ou que l’incendie de l’Opéra-Comique fut arrivé au moment de la publication du Décadent, elle eut bien vite relégué les questions d’art au second plan pour ne s’occuper que de ces catastrophes.

Il serait injuste de notre part de reprocher aux journalistes parisiens de ne nous avoir pas pris au sérieux : il y a les nécessités de l’existence et la clientèle du journal. La plupart ont vu dans notre tentative autre chose qu’une fumisterie et je sais qu’il leur a été pénible de traiter à la légère une semblable manifestation de la pensée. Si le niveau intellectuel du grand public eut été plus élevé, beaucoup nous auraient acclamé ou seraient rentrés dans nos rangs.

J’aime à rendre cette justice à la presse parisienne, qu’au fond elle nous a parfaitement compris. À aucune époque d’ailleurs on n’avait vu dans le journalisme, quoique trop sacrifié à l’information, un si grand nombre de chroniqueurs spirituels, de pamphlétaires acerbes ou de de critiques éminents. La somme d’esprit dépensé chaque jour est énorme : partout ce sont des pensées neuves et profondes, des mots qui autrefois eussent été dignes de rester et qui aujourd’hui disparaissent en vingt-quatre heures dans le tourbillon du passé.

Jamais, quoiqu’on en dise, cette immense légion des