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Nous ne parvînmes à la renvoyer qu’en déplaçant la machine, qui se trouvait juste au-dessus de son lit, et en lui promettant de ne pas bouger le reste de la nuit.

Je fus obligé, pour assourdir le bruit, de faire un tapis de tout le linge et les vieux habits que j’avais. Je faisais la composition dans la partie avancée de la nuit, le matin la mise en pages et dans la soirée, l’impression.

Je parvins à calmer toutes les inquiétudes, et au bout de quelques jours le roulis du Décadent était passé dans les coutumes de la maison.

Nos premiers numéros ne sont pas venus sans effort. Peu expert en l’art de la typographie, j’ignorais qu’il fallût mouiller la composition pour la mise en pages, et nous avions continuellement des paquets en pâte.

Ce qui nous a toujours gênés, c’est l’insuffisance de caractères. Souvent une sorte de lettres manquait. Une fois la casse des a était presque vide et Paul Pradet avait encore à composer un article de plus de soixante lignes. Pour cela il était obligé de chercher des synonymes à presque tous les mots où il y avait des a.

Ce qui était surtout intolérable, c’était la chaleur de l’été. Les toitures de zinc réverbéraient les rayons du soleil sur notre lucarne et faisaient de notre chambre une petite étuve où, pour résister, il fallait faire grande consommation de boisson et travailler presque à l’état de nudité complète.

Malgré ces inconvénients, le Décadent progressa rapidement. En moins de quinze jours, il fut connu du Tout-Paris intellectuel. Notre tirage devint vite insuffisant et il fallut avoir recours à une grande imprimerie.

Toute la presse, française et étrangère, s’occupa de ce journal, et la chronique parisienne y vit l’occasion d’une