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faire vibrer en lui tous les frémissements. Par une contradiction bizarre, mais qu’explique pourtant l’effet du désespoir, le besoin de vivre est la caractéristique de cette époque où on semble avoir acquis la sombre et épouvantable certitude du Néant.

La littérature décadente se propose de refléter l’image de ce monde spleenétique. Elle ne prend que ce qui intéresse directement la vie. Pas de descriptions : on suppose tout connu. Rien que une synthèse rapide donnant l’impression des objets. Ne pas dépeindre, faire sentir ; donner an cœur la sensation des choses, soit par des constructions neuves, soit par des symboles évoquant l’idée avec plus d’intensité par la comparaison. Synthétiser la matière, mais analyser le cœur.

Tel est ce programme si simple et bien en harmonie avec la vie moderne. Aujourd’hui que l’homme a tout vu, qu’il sait tout, qu’il a éprouvé toutes les émotions, il a un besoin effréné de sensations nouvelles. Maintenant qu’il a examiné les parties, il lui faut considérer des ensembles.

Avec la marche vertigineuse des choses, il a besoin de jouir beaucoup en peu de temps. Il ne peut plus lire les longs romans d’aventures avec des descriptions qui ne finissent pas.

Que lui importent les héros invraisemblables ? il est un homme. Que lui font les descriptions ? il a dans la poitrine un cœur inerte qui a besoin de vibrer. Ce qu’il veut, c’est ce frissonnement de la vie dont le contact électrise la sienne.