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d’une destinée stupide, il prend la vie en dégoût, et l’écœurement qu’il ressent d’exister à l’état d’automate mû par une puissance aveugle se traduit dans ses écrits et donne à la littérature décadente cette forme grave ou gaie, selon qu’il exhale l’amertume de ses plaintes ou l’ironie amère de son intolérable désespoir.

LE DÉCADISME

La littérature décadente synthétise l’esprit de notre époque, c’est-à-dire celui de l’élite intellectuelle de la société moderne. On ne saurait faire entrer en ligne de compte quand il s’agit d’Art, la multitude, qui ne pense pas et qui ne peut être comptée que numériquement. Le haut public intellectuel, le seul qui compte et dont les suffrages sont une consécration, celui-là en a bien assez de toutes ces émotions factices, de ces excitations grossières, de ces conventions banales d’un monde imaginaire que les dernières littératures mettaient en œuvre pour la stimulation des sens.

Il est las de tout le fatras romantique et naturaliste qui fascine quelquefois l’imagination mais qui est impuissant à faire cesser l’engourdissement du cœur.

Ce qu’il veut, c’est la vie ; il est assoiffé de cette vie intense telle que le progrès l’a faite, il a besoin de s’en soûler ; il voudrait condenser en une seule, la sienne, nombre d’existences d’hommes, en extraire le suc, en