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un mouvement qui menaçait au même titre toutes les monarchies. De Suisse, de Hollande, des cités hanséatiques, il montrait la révolution gagnant de proche en proche, ralliant même celles des villes catholiques d’Allemagne où régnait « le gouvernement de plusieurs ». Et, très adroitement, Furstenberg invitait le roi de France à faire un retour sur ses propres protestants, en état ou en velléité d’insurrection perpétuelle, à la fois républicains et séparatistes, si dangereux pour l’autorité du monarque et l’unité du royaume. « Que prétendent-ils donc, eux aussi ? s’écriait l’habile diplomate. N’ont-ils pas ensemblement conspiré, fait des assemblées secrètes et collectes de deniers afin d’ébranler s’ils pouvaient le royaume de France et rendre la puissance des rois énervée ? » Que Louis XIII intervînt en faveur des protestants d’Allemagne, il encouragerait ses huguenots, il ne pourrait plus en venir à bout. « Qui défend les rebelles, il apprend à ses propres sujets à se révolter. Qui prête l’oreille aux étrangers qui calomnient leur magistrat (leur gouvernement), il ouvre la porte aux séditions intestines, et si vous portez secours aux rebelles contre leur roi, quand ils auront vaincu leur naturel seigneur, ils tourneront les vôtres contre vous. » Furstenberg soutenait avec éloquence la thèse de la solidarité des trônes, qui n’est pas moins décevante que celle de la solidarité des puissances libérales et des démocraties. Mais, en un sens, ses arguments portaient juste. Le péril protestant, au moment où il parlait, était grave pour la France. À l’alimenter en soutenant la cause des réformés d’Allemagne, on eût couru de grands risques. Richelieu lui-même, une fois devenu le maître, commencera par briser le protestantisme comme puissance politique avant de passer à l’action extérieure et de reprendre la politique française en Allemagne suivant les principes éprouvés. L’œuvre européenne de Richelieu a dû être précédée d’une période de dictature, d’assainissement, de rétablissement de l’ordre à l’intérieur.

Sans chercher les rapprochements historiques, ils s’imposent sans cesse à nous, et par la force des choses. La France n’a pas cessé d’occuper la même situation géographique, d’être entourée des mêmes voisins, de se trouver dans la même position par rapport aux problèmes européens. Or, dans les mêmes cas, les mêmes manœuvres déterminent nécessairement les mêmes